Vers la barre du MW et au delà (1985-2000)

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          Les évènements de 1973 (Guerre du Kippour, Embargo pétrolier) ont eu pour effet la renaissance de l'idée de produire de l' électricité à partir de l'énergie du vent. Les acteurs en ont été principalement des particuliers, en premier lieu danois mais aussi des sociétés aérospatiales américaines ou allemandes. Celles ci se sont efforcées de construire de grandes machines mais ces prototypes qui ont eu le mérite de démontrer la faisabilité technique des aérogénérateurs de 1MW à 4MW n'étaient pas optimales du point de vue économique. Une stabilisation du cours des produits pétroliers a par conséquent empêché la conception de machines commerciales fabriquées en série. Au contraire les entreprises danoises héritières directes des initiatives individuelles ont pu mettre au point des turbines d'une puissance moyenne de 55 kW relativement bien adaptées aux particularités du marché naissant et pérenniser de la sorte le renouveau de l'industrie éolienne. A la fin de 1985, les principaux acteurs de référence du développement mondial de l'énergie éolienne des quinze années suivantes sont déjà presque tous présents.

Les conditions favorables au développement des entreprises danoises.

          L'engouement des danois pour l'énergie éolienne est lié à des raisons socio-culturelles et à des raisons économiques. En effet, le Danemark contraint jusqu'au milieu des années 90 (la production de gaz de la mer du Nord devenant signicative à partir de 95) d'importer comme par le passé la totalité de ses produits pétroliers, n'étant le siège d'aucune grande compagnie de ce secteur, est peu sensible à une variation modeste des cours. Il a donc été le lieu idéal pour la création de coopératives de tailles diverses de producteurs d'électricités éoliennes. Ces coopératives doivent sûrement beaucoup à l'héritage de Gruntdvig ( pasteur danois du 19ème siècle initiateur d'un mouvement de création de coopératives et de formation qui a joué un rôle prépondérant dans la diffusion des nouvelles connaissances en agriculture et permis au pays d'être en pointe dans le domaine agricole). Ces structures et les régies municipales d'électricité ont constitué une clientèle de choix pour les machines de la classe de 55 KW proposées par les entreprises danoises dont la taille ou celle de leurs filiales éoliennes étaient peu adaptée à la production en très grandes séries. Dans ce contexte, les mesures financières diverses prise par le gouvernement danois conscient de l'opportunité de voir se développer un secteur industriel nouveau et de diminuer les importations, ont permis au coût de la production d'électricité d'origine éolienne de devenir compétitif.
          L'expérience acquise au Danemark, les coûts plus raisonnables de production liés à leur mode d'organisation, leur offre relativement souple de machines fiables de 55 kW, ont donc permis aux sociétés danoises de répondre favorablement à partir de 1981 aux demandes générées par le PURP Act américain et les mesures fiscales californiennes. Ainsi ont elles pu remporter une partie importante de ce marché et prendre l'avantage sur leurs concurrents américains, allemands ou hollandais. Elles ont ainsi assuré leur croissance, développé leurs investissements et leurs capacités de production et sont devenus les leaders du marché de l'éolien. Vestas, par exemple, a pu écouler environ 2500 machines en Californie et en profiter pour s'installer aux USA.
          La fin des incitations fiscales californiennes en 1985 a conduit à un fort reflux dans le secteur éolien. La taille des entreprises ayant fortement augmenté, elles ne pouvaient plus se satisfaire du seul marché danois . Certaines d'entre elles connurent de sérieuses difficultés. Vestas s'est ainsi trouvé en rupture de paiements en 1986 mais cela a paradoxalement contribué à faire de Vestas une entreprise spécialisée dans la construction de turbines éoliennes. La qualité de celles-ci, résultat du savoir faire acquis et des progrès techniques stimulés par le rush californien (procédés OptiTip et Optislip de régulation du calage des pales), a fait apparaître la construction d'aérogénérateurs comme l'activité la plus prometteuse du groupe. Ceci a conduit l'entreprise à se séparer de ses autres activités et de donner naissance à Vestas Wind System A/S puis à racheter en 1994 Volund qui avait été chargée de la construction des prototypes de Nibe.
          Durant ces années de nouveaux constructeurs voient le jour tel Windworld et la diversification des entreprises danoise dans l'éolien se poursuit. Ainsi 1985, Nordex fabricant de chaudières domestiques et de réservoirs divers fait son entrée dans le domaine avec un aérogénérateur de 75 kw puis de 250 kw en 1987, qui était la plus grande turbine commerciale au monde. Les premières fusions se produisent et en 1997 Nordtank et le japonais Nichimen Corporation unissent leurs efforts pour fonder Neg-Micon. Il faut mentionner la création en 1997 par Soeren Krohn du portail internet éolien de l'association des constructreurs danois, www.windpower.org qui devient une référence mondiale.
          Une fois dépassé le problème de la fiabilité, le problème prioritaire des constructeurs d'éolienne est celui du coût de production du kWh. Naturellement celui du kWh éolien restait encore élevé sans système d'encouragement financier. Cette méthode économique, fréquente pour promouvoir une branche industrielle, n'est pas réservée au seul domaine éolien. Il est facile de s'en convaincre en consultant les avis rendus par la Commission de la concurrence de la CEE. Le coût complet du kWh éolien souffre de sa trop grande transparence par rapport à celui de certaines sources concurrentes. Pour les lieux isolés ou l'auto-production, la nécessité d'avoir accès à l'énergie électrique prime sur le problème du coût et c' est un moindre handicap pour les petites machines utilisées dans ce cadre. En cas de raccordement au réseau , il en va tout autrement. Il est bien établi qu'un facteur important de baisse des coûts est l'augmentation de la taille de la turbine qui se justifie également par la nécessité d'exploiter un site de façon plus optimale. Par conséquent à partir de 1986 les constructeurs vont faire porter leurs efforts sur la conception de machines de plus en plus grandes. Ainsi les turbines passent à 100 kW de puissance , puis 225 kW comme par exemple pour la V27 de Vestas. En 94 Vestas propose la V44 de 600 kW équipée des systèmes Opti-Slip et Opti-tip et Nordex, tout en développant la N43 de 600 kW promise à un important succès, commence la conception de la première turbine commerciale de 1 MW, la N52 qui sera installée en 1995. De 1992 à 1997 la puissance moyenne d'une aérogénérateur installé au Danemark passe de 215 kW à 560 kW et le côut du kWh passe de 0.169 US$ au début des années 80 à un ordre de 0,05 à 0,06 US$ en 1997 (source BTM Consult ) de sorte que dans les pays où l'électricité est chère le kWh éolien est devenu compétitif surtout en cas de mesures de soutien.

L'ALLEMAGNE devient un acteur majeur de l'éolien.

          Les fabricants danois, ayant résisté à la tourmente californienne en sont sortis renforcés et soutenus par leur marché intérieur ont commencé leurs expansion en Europe. La première étape a été naturellement la recherche d'une implantation en Allemagne particulièrement au Nord, de l'autre côté de la frontière. Dès 1989 Vestas s'établit à Husum dans le Schleswig-Holstein. Husum jouit de conditions portuaires favorables et la ville va devenir le lieu traditionnelle de la plus grande foire éolienne. Bonus s'implante à Brême où il crée un joint venture avec AN.
          L'exemple danois inspira évidemment les Allemands en raison de la proximité des deux pays et des échanges importants mais avec un décalage dans le temps. Ainsi la première machine privée raccordée au réseau est la 20 kW de Dietrich Koch à Mettingen en 1982 ( Baden-Württemberg), soit sept ans après celle de Riisager au Danemark. C'était une machine hollandaise Lagerwey, encore en activité en 2001 qu'il transporta lui-même. Les reglémentations n'étant pas alors prévues pour les éoliennes il obtint l'autorisation en aménageant un abris anti-atomique sous son aérogénérateur, installation encouragée au moment de la guerre froide.
          Plusieurs évènement importants vont faire de l'Allemagne un acteur majeur de l'industrie éolienne rennaissante. La tradition y était forte mais l'échec deGrowian pouvait laisser planer un doute. Toutefois différentes mesures de soutien à la recherche furent engagées par le gouvernement à travers le < b>BMFT ( BundesMinisterium für Forschung und Technik). Toutes les initiatives étaient visées indépendamment du type et de la puissance. La WKA 60, de 1200 kW et de 60m de diamètre, développée par MAN, est installée sur l'île d' Helgoland en 1991 mais démontée en 1995. En 1989 l'état allemand décide un programme de 100 MW d'énergie éolienne qui passe à 250 MW en 1991 en raison d'une forte demande. En 1991 le gouvernement CDU/CSU du chancelier Helmut Kohl fait adopter à l'unanimité par le Bundestag la Stomeinspeisunggesetz (Loi de fourniture de l'électricité) qui contraint les producteurs allemands d'électricité à racheter le courant électrique issu des énergies renouvelables à un tarif avantageux. Au cours de la décennie 1990/2000 le nombre d'aérogénérateurs va ainsi passer de 225 à 9375 et la puissance de 60 MW à 6000 MW!
          Cette croissance trouve en partie ses sources dans le développement de l'industrie éolienne allemande. Les petites firmes traditionnelles producteurs de petites machines et les grandes sociétés aéronautiques vont petit à petit s'effacer devant la montée des nouveaux venus (MAN et MBB vont intervenir dans le domaine jusqu'en 1995). Naturellement les bureaux d'ingéniérie, spécialité germanique, continuent de jouer un rôle important. C'est le cas de Südwind fondé par Jörgen Twele et Peter Bosse à Berlin en 1988 qui franchit le pas et se lance dans la construction d'aérogénérateurs. Aerodyn toujours très actif s'allie avec Regenerative Energien pour créer en 1997 une filiale commune, pro+pro dont la particularité est de concevoir des machines que quatre constructeurs de petite taille ou nouvellement entrant sur le marché fabriquent sous licence. Ainsi pro+pro met au point la MD 70 qui deviendra la MD 77 d'une puissance de 1.5 MW et de 70 puis 77 m de diamètre. Tacke , auparavant Wagner, devient le premier grand constructeur de la nouvelle génération de firmes. Mais dans le courant des années 80 apparaissent les nouveaux noms de la scène éolienne allemande. En 1984 Aloys Wobben crée à Aurich (Basse -Saxe) Enercon qui est la première société totalement nouvelle. En 1985 elle conçoit la E15 de 55kW. Puis c'est au tour de Ventis de proposer des machines. Comme au Danemark pendant la période précédente, parmi les "new players" se rencontrent aussi des entreprises originellement actives dans d'autres domaines à l'exemple de Fuhrländer .
Dans les années 90 le mouvement s'accèlère, surtout après l'adoption de la nouvelle législation. Ainsi Jacobs, fabricant de machines électriques de Heide dans le Schleswig-Holstein, se lance dans le domaine éolien en 1991 en devenant sous-traitant d' Aeroman pour la maintenance, puis conçoit en 1994 sa propre machine la 37/500 de 500 kW de puissance et de 37 m de diamètre qui devient la 41/500 de 41 m de diamètreet en 1995 la 43/600 de 600 kW et de 43 m de diamètre et enfin cette même année une machine de 750 kW et de 48 m de diamètre la E48/750 . En 1998 Jacobs construit à Kaiser Wilhelm Kooge le prototype de la MD 70 de pro+pro. En 1995 un constructeur important, Dewind voit le jour à Lübeck et met sur le marché une 500 kW. Pendant cette période apparaissent de nouveaux acteurs comme HSW ancien chantier naval d'Husum ou Frisia. En 1995 le groupe métallurgique Borsig-Babcock rachète par l'intermédiaire de sa filiale Balcke Dürr la majorité des parts de Nordex qui devient ainsi un des principaux constructeur éolien germanique. En 1996, en raison d'une bataille juridique entamée par la Badenwerk contestant la légalité de la Stomeinspeisunggesetz, dont l'issue incertaine gèle provisoirement les investissements, Südwind connaît des difficultés de trésorerie que son implantation en Inde ne permet pas de résoudre. En 1999 Nordex rachète Südwind.
          Ce développement de l'industrie allemande de l'éolien n'aurait sûrement pas été aussi solide et rapide si parallèlement n'avaient vu le jour les institutions qui vont la conduire à l'excellence.Il faut d'abord mentionner les activités universitaires. Naturellement la tradition éolienne initiée par l' Ecole de Göttingen puis reprise par Hütter à l'Université de Stuttgart se poursuit en particulier sous la direction d'Heinrich Dörner un de ses assistants. A la TÜ Berlin , à la fin des années 70 un groupe de travail pour l'énergie éolienne a été fondé autour de Robert Gasch avec la collaboration active d'Irene Peinelt, de Jan Liersch et de Klaus Kaiser. A partir de 1984 se met en place un enseignement sur l'énergie éolienne. La TÜ Berlin devient ainsi une pépinière de spécialistes de haut niveau pour les entreprises allemandes, comme le montre l'exemple de Südwind, et même danoises. L' Université de Kassel avec l'ISET se spécialise dans l' électotechnique de l'éolien avec S. Heier. En Basse-Saxe, au coeur de l'une des plus importantes régions du développement éolien allemand, l'Université d'Oldenburg se lance dans la recherche et l'enseignement de l'éolien en collaboration avec la FH Emdenet la FH Wilhelmshaven. En 1990 Friedrich Klinger spécialiste de l'électrotechnique constitue un groupe de travail à l' Université de Saarebrück. En 1995 ses travaux conduisent à la construction d'un prototype à entraînement direct, la Genesys 600. En 1990 JP Molly crée à Wilhelmshaven avec le soutien du gouvernement régional de Basse-Saxe le DEWI (Deusches Windenergie Institut) institut spécialisé dans les études éoliennes doté d'un centre d'essais et de mesures près de la côte de la Mer du Nord. Le Germanischer Lloyd , (GL) bureau spécialisé dans la certification fonde un autre centre d'essais et de mesures à Kaiser Wilhelm Kooge (KWK), près de Hambourg, également en bordure de la Mer du Nord, là ou fut construite la Growian puis la MD 70. Le Germanischer Lloyd devient la référence incontournable mondiale en matière de certification éolienne. Dans le land de Rhénanie-Westphalie est également installé un centre d'essais et de mesures à Grevenboisch, plus particulièrement adapté à l'éolien terrestre de plaine. Les premiers portails inernet éoliens voient le jour avec celui de l' IWR ( International Wirtschaftforum Regenerativen Energien) www.iwr.de fondé en 1996 par Norbert Allnoch et de la www.windmesse.de .

Après la crise californienne , un redémarrage progressif aux USA.

          Après le rush californien, on aurait pu imaginer l'avenir de l'énergie éolienne gravement compromis. En fait la situation a été contrastée. En effet, après le record annuel de 400 MW lors de la dernière année du boom californien le volume installé a été quasiment nul l'année suivante mais en 1987 il est remonté à 200 MW, puis après une baisse, il franchit de nouveau la barre des 200 MW au début des années 90. Cette situation irrégulière perdure jusqu'à une reprise de la croissance à partir de 1998 où subitement la puissance installée franchit le cap des 800 MW.
          Au cours de cette période les programmes de grandes machines initiés au cours des années 70 par le DOE et la NASA prirent fin. Toutefois certaines expérimentations engagées précédemment sont menées à terme et des machines continuèrent de fonctionner tant que des problèmes de maintenance ne conduisirent pas à leur arrêt définitif pour des raisons économiques. Ainsi un protoype du programme Mod 5 fut installé à Hawaiien 1987 et resta activité jusqu'en 1996.
          En dehors de Bergey et de quelques autres qui continuent de produire de petites machines, il ne subsiste principalement de la période précédente que Carter qui met au point une 300 kW et surtout US Windpower qui développe une 100 kW. US Windpower constitue un consortium avec EPRI et GPE (compagnie de gaz et d'électricité de Californie) pour développer un prototype d'aérogénérateur de 300 kW à vitesse variable, la 33M-VS devenue par la suite la KVS 33. En effet en 1993 US Windpower change de nom pour s'appeler Kenetech et devient le leader américain de l'éolien de grande puissance. La justice américaine donne raison à Kenetech au sujet d'un désaccord sur un brevet avec Enercon qui doit ainsi abandonner le marché américain. A cette période Zond, société active dans le développement fondée en 1980 par Jim Dehlsen, se lance dans la construction d'aérogénérateurs et propose la Z40 puis la Z750 machine de 750 kW. En 1996 Zond rachète les droits des brevets de Kenetech qui est déclarée en faillite. L'entreprise électrique américaine Enron, un des leader du marché mondial, fait son entrée dans le domaine de l'éolien en installant des Z40 puis rachète Zond en 1997.
Ce qui st le plus remarquable pendant cette période c'est que les travaux de recherche aux USA en particulier sous la houlette du NREL ont continué à se développer.
          Le redémarrage de l'énergie éolienne profite naturellement aux constructeurs américains tels Zond et Kenetech puis Enron mais l'essentiel des aérogénérateurs installés est d'origine européenne danoise ou allemande car les constructeurs européeens sont en mesure de proposer une large gamme de matériel entre 250 et 1000 kW dont la fiabilité a largement été éprouvée dans les centrales danoises, allemandes ou espagnoles. Ainsi le marché américain renaissant permet à Vestas, Neg-Micon, Bonus, Nordex ou Tacke de pouvoir amorcer l'internationalisaion de leur développement. Ceci d'autant plus que la construction de parcs éoliens s'étend à de nombreuses régions qui possèdent un fort potentiel comme les Grandes-Plaines ou le Texas.

Aux PAYS-BAS la place importante de la recherche..

          Aux Pays-Bas, le développement de l'énergie éolienne se poursuit mais à un rythme moindre que dans le reste de l' Europe du Nord. Cependant les coopérations sont nombreuses entre les différents acteurs comme Polenko , devenu Newinco, filiale d' Holec (société d'électricité qui a investi aussi dans l'entreprise danoise Windmatic ), Lagerwey et Stork bureau d' ingéniérie, ayant toutefois proposé des machines au début des années 80. Naturellement cela s'explique en partie par la taille du pays comparativement à l' Allemagne. Comme aux USA les entreprises étrangères, danoises, allemandes voire américaines sont les principales bénéficiaires des projets éoliens. Cela conduit même aux rachat des entreprises néerlandaises par les leaders étrangers du domaine. Ainsi Nedwind issue d'une fusion entre Bouma et Newinco passe dans le giron de Neg-Micon. Toutefois Lagerwey poursuit sa croissance et devient le leader néerlandais de l'éolien . En 1993 il met au point une 250 kW et en 1996 une 750 kW qui connaît un bon succès commercial. Lagerwey s'essaie même à des développents originaux en construisant un prototype de quadrirotor. En 1998 Lagerwey rachète la compagnie belgo-néerlandaise Windmasteren rupture de paiements. A cette époque plusieurs fabricants de pales voient le jour issus souvent d'autres entreprises du milieu éolien comme Polymarin ou Aerpac.
          Une des particularité de la scène éolienne néerlandaise est l'excellence de ses centres de recherche. En effet bien qu' industriellement le pays ne soit pas un leader , l'ECN ( centre de recherche néerlandais de l'énergie) et la TU Delft sont parmi les leaders mondiaux en matière d'études et de recherches dans le domaine éolien en particulier en ce qui concerne l'aérodynamique. L'ECN possède d'ailleurs un centre d'essais test et la TU Dellft un département spécialisé dans l'énergie éolienne.

L' ESPAGNE, un nouveau venu qui va compter.

          L'Espagne est le pays du vent et des moulins comme l'avait déjà fait remarquer Cervantes. En raison de nombreuses zones d'altitude et et une importante façade maritimes, l'Espagne, avec des régions comme la Galice, la Castille, le Pays-Basque, l' Aragon ou la Navarre, possèdait tous les atouts pour devenir l' un des principaux centres de développement de l'éolien européen. La situation n'a pas échappé aux constructeurs européens qui en raison de leur avance vont s'engoufrer les premiers sur le marché espagnol.
          La croissance rapide de l'industrie espagnole, le désir vif du pays à rattraper le train de la modernité, l'audace de ses entrepreneurs et les compétences scientifiques et techniques de ses chercheurs et de ses universités , en particulier dans l'électrotechnique, associé à un goût marqué pour l'innovation, vont permettre un démarrage exemplaire de l'énergie éolienne. Le pays avait déjà un constructeur historique avec Ecotecnia mais c'est à cette époque qu'un autre acteur, Gamesa,va investir le domaine éolien. Entreprise jeune, fondée en 1976, elle se tourne rapidement vers la haute technologie, en particulier l'aéronautique où elle coopère avec Airbus, le canadien Bombardier ou le brésilien Embarer. Ces compétences alliées au dynamisme de ses dirigeants conduisent l'entreprise à investir le champ de l'éolien en 1994. Très astucieusement Gamesa commence par former avec Vestas et le développeur Sodena une joint ventures qui prend le nom de Gamesa Eolica.

Une époque propice aux innovations techniques.

          La plupart des machines de cette époque sont encore directement issues du modèle danois qui est celui de la génération issue de la renaissance de l'éolien. Toutefois les grands prototypes des années 80, malgré leur échec commercial ont permis de tester de nouvelles techniques. Ainsi la régulation pitch s'impose de plus en plus face à la régulation stall .
          Les progrès du contrôle et de l'électronique de puissance permettent de concevoir des aérogénérateurs à vitesse variable, soit en utilisant des génératrices synchrones soit en se libérant des contraintes liées aux génératrices asynchrones ( système Optislip de Vestas par exemple). Cependant la présence d'un multiplicateur de vitesse, principal point faible de éoliennes avec la nécessité de remplacement et source de bruit mécanique reste une nécessité. Toutefois les recherches conduisent à innover et c'est ainsi que les premières machines à entraînement direct font leur apparition. En 1992 Enercon met au point la première une machine de ce type, la E40 de 500 kW, dotée d' un Ringgenerator (générateur à anneau constitué nombreux pôles disposés en cercle). Elle est est suivie d'une plus petite, la E30 de 200 kW puis d'un prototype E66 de 1,5 MW. Une autre piste est aussi explorée consistant à utiliser un générateur synchrone à aimant permanent. En 1995 Friedrich Klinger construit un prototype de ce type, la Genesys 600 (voir précédemment). La société française Jeumont, spécialiste de l' énergie nucléaire , filiale du conglomérat Schneider passée sous le contrôle d' Areva, conçoit une machine dotée d'une génératrice discoïde à aimant permanent, issue de la technologie des moteurs de sous-marin., la J48 de 750 kW de puissance.
          En ce qui concerne la constitution des pales, la disparition de l'aluminium est quasiment la règle et les structures composites avec pour base la fibre de verre se généralisent. Le bois n'apparaît plus qu'en combinaison avec un autre matériaux. Petit à petit les machines bipales disparraissent et ne subsistent plus que des tripales pour des raison à la fois d'esthétique et d'équilibrage mécanique. Les rotors se perfectionnent pour éliminer les problèmes de fiabilité liés au pied de pale et à la poussée du vent. Les tours remplacent de plus en plus les structures en treillis. Enfin sur les bonnes machines le problème du bruit est résolu.
Tous ces progrès trouvent souvent leur origine dans des programmes de recherche encouragées par les gouvernement et par la création d'organisme spécialisés comme le DEWI en Allemagne, l' ECN aux Pays-Bas ou le NREL aux USA. Certains pays comme la France préfère avoir recours à des agences de moyens comme l' Afme qui devient l'Ademe. Au Canada est installée à Cap-Chat une machine Darrieus de 1 MW, la plus grande jamais construite. Malheureusement des problèmes mécaniques conduiront à son arrêt après un an de fonctionnement. En Europe la CEE se lance dans un vaste plan de soutien à l'éolien avec des fonds européens pour des programmes coopératifs spécifiques de R&D comme le programme Wega 2 qui consiste à faire concevoir 10 grands prototypes de la classe du MW ou du MultiMegaWatt , soit par des constructeurs, soit dans le cadre de collaborations. C'est le cas entre autre de la E66, de la Gamma 60 italienne installée en Sardaigne du Nord ou de l' Aeolus 2de 3 MW installée à Wilhehlshaven et de son double suédois la Näsuden 2. Ces machines vont permettre aux constructeurs européens de mettre au point des machines commercialement exploitables de la classe du MW ou du MultiMegaWatt.
          Les premières tentatives de parcs off shore voient le jour, mais il s'agit d'implantations près des côtes avec de faibles profondeurs. Ainsi les danois installent au début des années 90 dans la Baltique un parc à Vindeby constitué de 11 machines de 450 kW et un parc à Tunoe Knob de 10 machines de 500 kW. Au milieu des années 90 dans l' Ijsselmeer aux Pays-Bas sont érigés 4 aérogénérateurs de 500 kW puis 28 de 600 kW. Enfin en 1997 c'est en Suède au large de l'île de Gotland qu'est construit le parc de Bockstigen composé de 5 turbines de 550 kW.

La filière éolienne se structure et poursuit sa mondialisation .

          La croissance des marchés éoliens va conduire à la spécialisation des activités. Certes les fabricants historiques planifient encore eux mêmes les centrales et y installent leurs propres machines. En dehors de la conception et de la construction d'aérogénérateurs, de nouveaux métiers associés à l'énergie éolienne voient le jour et s'organisent. Ainsi prend naissance l' activité de développeur . Il s'agit de bureaux d'études de planification de centrales éoliennes qui prennent souvent en charge les mesures de vent et les formalités administratives. Ils sont secondés dans cette tâche par différents prestataires de services comme les paysagistes. Naturellement tout un système de financement, de conseil, d'audit, de vérification ou de consultance juridique se met en place. Après la fin de la phase d'installation, ce sont des investisseurs qui se chargent de l'exploitation. Ces structures commerciales peuvent intervenir à différents niveaux. Aux USA le rush californien a vu l'apparition des premiers développeurs mais après la crise californienne il ne reste guère que Dann Juhl de Woodstock Wind Farms et Greg Jaunich de Northern Aternative Energy ( Paul GIPE). Les créations de bureaux de développement se multiplient en Allemagne, surtout au Nord, avec la création d' Energie Kontor, de Plambeck, de P&T, de Windplan fondé par Peter Bosse ancien de Südwind ou Ostwind fondé par Lenz à Regensburg en Bavière. En 1997 Ingo de Buhr, ingénieur de formation, crée Prokon Nord.
          Les activités éoliennes sont surtout importantes au Danemark, berceau de la renaissance des années 70, en Allemagne dont l'industrie éolienne se constitue ou aux USA où le marché se remet petit à petit de la crise californienne. Dans le reste de l' Europe l'activité continue dans les pays comme les Pays-Bas ou la Suède qui ont une tradition née au moment de la renaissance éolienne mais elle y devient devient plus atone. De nouveau venus font leur apparition comme l'Espagne ou bien la Grèce dont la principale activité est la R&D avec ses institutions universtaires. Ceci est évidemment lié au marché des îles grecques, très prometteur et particulièrement adapté à l'énergie éolienne, de premier intérêt pour les fabricants nord-européens qui profitent de l'absence de constructeurs locaux. Ainsi Z. Servos, universitaire grec, devient une des figures emblématiques des institutions européennes.
          En Ecosse sur la colline de Burgar à Okney est installé en 1987 un prototype, la LS1, de 3MW de 60 m de haut par la société britanique Wind Energy Group (WEG) (originellement un consortium constitué dans les annéees 70 par Hawker Siddelley Dynamics, Cleveland Bridge and Engeneering Company et Taylor Woodrow Group qui en devint le leader) qui fonctionna pendant 10 ans. Toutefois dans les Iles Britanniques qui possèdent un des meilleurs gisement européen , surtout dans le Nord, dont le marché est en pleine croissance pendant cette période, étrangement aucun industriel important ne voit le jour. C'est ici aussi une aubaine pour les constructeurs nord-européens. Cependant une forte activité a lieu dans le domaine académique. Avec Garrad Hassan le Royaume-Uni possède le principal bureau d'études privé mondial.
          En Italie où la qualité des entreprises de mécanique de très haut niveau n'est plus à démontrer et où dans une île comme la Sardaigne le problème de l'alimentation en électricité peut facilement être résolu en partie avec des aérogénérateurs, l'activité se limite surtout aux développements technique. En 1986, l'ENEA ( Comité italien pour les énergies nucléaires et alternatives) est à l'origine d'un consortium avec Aeritalia- FIAT-Aviazione qui participe au programme WEGA 2 et conduit à la construction de la GAMMA 60 ( voir précédemment).
          En France l'activité redémarre pendant cette période mais lentement. Un nouveau projet de Lucien Romani dans le département de la Manche est rejeté et quelques propositions originales voient le jour. Malgré un soutien certain d'industriels importants du BTP ou du domaine aérospatial elles ne débouchent sur aucune réalisation suite à des changement de direction ou en raison de relations contractuelles peu claires (Informations CIRDEV). Le centre d'essais du CNEEL géré par l'ONERA est fermé en 1990 faute d'obtenir des financement européen ou de l' Afme. Mais Marc Vergnet, ingénieur agronome déjà actif dans le domaine des énergies renouvelables et inventeur d'une pompe pour l'irrigation en Afrique, rachète Aerowatt en 1989 avec son centre d'essais de Lastours dans l'Aude et constitue une entreprise sous son nom . Elle devient le leader mondial du Farwind, autrement dit de l'éolien des îles. Ses machines ont la particularité de pouvoir être rabattues au sol en cas de cyclone. Jeumont avec l'aide de l'Ademe construit la J48, machine très innovante, de 48m de diamètre et de 750 kW de puissance ( voir précédemment). Plusieurs exemplaires de cette machine sont installés à Widehem près de Boulogne dans le Pas de Calais face à la mer du Nord et en bordure d'autoroute. Le nombre d'éoliennes reste très faible en France. Dans la tradition colbertienne du pays, le gouvernement lance le plan EOLE 2005 qui n'a évidemment pas été réalisé.
          Il faut signaler l'apparition sur la scène éolienne française de deux développeurs que l'on peut considérer comme les pionniers français de l'éolien moderne en France. Il s'agit de Jean-Michel Germa, spécialiste d'aérodynamique, fondateur en 1989 de la Compagnie du Ventà Montpelier. En 1991 Jean-Micel GERMA érige la première éolienne de l'ère de la renaissance de l'éolien moderne en France à Port-La Nouvelle dans l'Aude puis de la crée le premier parc éolien français sur ce même site. Philippe Bruyerre, ingénieur des Arts et Métiers, fondateur d'EED ( Espace Eolien Développement) à Lille installe sur les dunes de la Mer du Nord le Parc de Dunkerque. Le site internet d'EED ( aujourd'hui fermé) fut le premier de ce type en France et d'une excellente qualité, fournissant de très intéressante informations et pas seulement sur les activités de la compagnie. Thierry Maréchal fondateur d'A Tout Vent (ATV), se lance dans la construction de pales.
          Naturellement les fabricants danois, allemands et américains, forts de l'expérience acquise sur leur marché national, se mettent à la recherche d'autres débouchés en dehors de l'Europe et de l' Amérique du Nord, profitant parfois de la mondialisation naissante de l'économie et de l'ouverture des marchés. Leur première cible sont les les BRICS, et particulièrement la Chine qui s'éveille à l'éolien avec l'apparition d'installateur locaux comme Xingjang Wind en 1986 qui devient assembleur en 1998 en construisant des machines sous licences étrangères pour le marché local. Nordex s'y installe en 1996 . Jacobs construit 3 37/500 à Urumqui en Chine en 1996 puis en 1997 y concède une licence pour la 37/43 puis pour la 48/750 à Xingjang Wind et Windey et installe en 1998 une 37/500 au Japon. Vestas prend pied en Inde en 1987 et Südwind en 1995. Enercon s'implante à son tour en Inde en 1995 puis au Brésil en 1996. Lagerwey installe des machines au Japon en 1999.
          En Inde les programmes d'encouragement de l'Unesco des années 60 sont relayés par le plan gouvernemental de 83-84. Cela a suscité naturelleme un intérêt pour l'énergie éolienne, mais c'est l' arrivée des constructeurs nord-européens qui permet à partir de 1985 d'enclencher un véritable développement de l'énergie éolienne dans un pays très vaste, aux conditions particulèrement favorables. C'est à cette époque qu'une sociétés indienne va prendre le train de l'éolien.
Tulsi Tanti
héritier d'une famille de fabricants de textile perçoit les potentialités du marché indien et fonde Suzlon Energy. Pour entrer dans le domaine il passe la même année des accords de coopération technique avec le constructeur allemand Südwind en difficulté et commence à se lancer dans la conception de machines.

A la fin du 20ième siècle l'industrie éolienne atteint l' âge de la maturité.

          Au tournant de l'an 2000 un pas important est franchi par l'industrie éolienne. Un premier mouvement de concentration s'est produit. A l'exception des fabricants de petits aérogénérateurs qui ne sont plus très nombreux dont l'activité est orientée vers des activités spécialisées, les constructeurs survivants sont devenues des entreprises moyennes, parfois adossées à de grands groupes, ce qui leur permet de résister aux fluctuation de la demande. A la fin du siècle, parmi les leaders du marché il faut citer Vestas, Neg-Micon, Nordex, Enercon, Enron ou Lagerwey. Les progrès techniques ont été importants avec la généralisation des machines tripales, de la régulation pitch et de la vitesse variable. Les fabricants ont une gamme large et sont pour la plupart en mesure d'offrir sur le marché des machines fiables de la classe du MW capables de participer à la production sur le réseau.
          En prenant en compte l'ensemble des facteurs constituant le coût complet du kWh électrique, celui des aérogénrateurs est devenu commercialement compétitif. Il est du même ordre que celui des énergies traditionnelles mais souffre de sa transparence. Pour une partie des sources traditionnelles l'évaluation du coût de production ne tient pas compte ni de tous les facteurs, en particulier environementaux ni des aléas brutaux du cours de certaines matières premières. Avec les législations mises en place dans le but de développer les énergies renouvelables le coût du kWh éolien est devenu à la fin des années 90 encore plus intéressant sur le plan commercial.
          Dans la mesure où la demande mondiale de d'énergie tend à croître ou dans le meilleur des cas à se stabiliser, compte tenu de la raréfaction annoncée de certaines ressources, la production d'énergie éolienne est devenue à la fin du 20 ième siècle une alternative de premier plan pour la fourniture d'électricité au réseau.



Dernière modification et correction : le 17/05/2011.

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