Les années d'après guerre ou trente ans d'effervescence technique

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          La période entre les deux grandes guerres mondiales a joué un rôle fondamental pour la naissance de l'industrie éolienne.Cette période se termine par un évènement capital au milieu des années 40: la construction de la machine Smith-Putnam aux USA. Raccordée au réseau et avec 1.25 MW de puissance cette machine démontre la capacité des aérogénérateurs à représenter une véritable alternative aux autres types de productions électriques.
La qualité des participants au projet (Von Karman, le MIT et General Electric) marque l'entrée dans une ère nouvelle, période d'intenses activités en recherche et développement qui vont conduire à la construction de multiples prototypes prêts pour le passage à la phase de production industrielle.
L'arrêt sur incident en 1945 de la machine Smith-Putnam montre les progrès à accomplir pour améliorer la fiabilité des machines mais il s'agit d'un challenge auquel vont s'attaquer de nombreux chercheurs et ingénieurs dans la période d'après guerre. Cette époque de forts développements scientifiques et techniques est particulièrement propice pour relever un tel défi.

En France, un évènement fondateur: le Congrès de Carcassonne.

Un comité se constitue à Carcassonne en 1945 (voir Etienne Rogier (2))et organise le 23 et 24 septembre 1946 le premier "Congrès du Vent" à l'Hôtel de la Cité sous la présidence de l'ingénieur du Génie Rural Mr Fages-Bonnery. Cette réunion ne fut pas qu'une manifestation franco-française car y prirent part un ingénieur polonais et un ingénieur belge. Paul Bastiaux Defrance spécialiste français des barrages y assista également. Ce Congrès fut l'occasion de faire le point avec les constructeurs sur les différentes machines existantes en France et dans le monde. Malheureusement Constantin ne put y participer en raison de son état de santé. De cette époque date la prise de conscience que la région Languedoc-Roussillon est dotée d'un trèsbon gisement éolien et est ainsi en mesure de jouer en France un rôle clef dans le domaine de l'énergie éolienne.
Les participants de ce congrès se tournèrent vers une entreprise national qui venait d'être constituée à la Libération : Electricité de France (EDF). Au sein de l'entreprise fut créée la Direction des Etudes et Recherche ( DER) par Pierre Ailleret, ancien élève de l'Ecole Polytechnique qui en prit la direction. Pierre Ailleret fit de la DER un centre d'excellence dans le domaine scientifique et technique ce qui est toujours le cas aujourd'hui et constitue un atout majeur pour l'entreprise dont on ne semble pas toujours mesurer l'importance. Pierre Ailleret fonda à la DER la "Division Energie du Vent" dont André Argand prit la direction. En 1948 Ailleret prit la succession de Darrieus à la présidence de la Société Française des Electriciens qui à cette occasion émis le voeu "que dans vos programmes trouve place, je ne dirais pas de la fantaisie, mais quelque grand dessein (utilisation des marées, du vent, canal d'Alsace, etc.)" (voir Etienne Rogier (2)). C'est une nouvelle fois la démonstration du génie visionnaire de Darrieus.

La recherche éolienne française dans le peloton de tête mondial.

Dans une première phase la "Division Energie du Vent" se consacra à développer des moyens de mesure et à dresser la carte du potentiel éolien français. Ainsi Pierre Ailleret inventa l'anémomètre qui porte son nom et on eut la confirmation de l'importance de la région Languedoc-Roussillon et particulièrement du département de l'Aude en matière d'énergie éolienne en France.
Dans un deuxième temps Ailleret et Argand se lancèrent dans deux collaborations d'importance avec deux entreprises. La première avec Louis Vadot de la société grenobloise Neyrpic (leader mondial dans le domaine de l'hydroélectricité) qui aboutit à la construction à Saint-Rémy des Landes dans le département de la Manche de deux prototypes de grandes dimensions. La première machine avait une hélice tripale de 21 m de diamètre et de 132 kw de puissance. Les essais eurent lieu entre 1959 et 1966. Elle a très bien fonctionné, produisant pour le réseau près de 700000 KWh. La seconde machine, aussi tripale 35 m de diamètre pour une puissance 1000 KW par vent fort, produisit 500000 KWh. Il y eut de nombreux problèmes techniques à résoudre et en 1966, après un incident lié à un roulement du multiplicateur, on arrêta les essais.
La deuxième initiative concerna la Société BEST et Lucien Romani son fondateur. Romani érigea un grand aérogénérateur de 800 KW et 30 m de diamètre,à Nogent-le-Roi, dans la Beauce près de Paris (voir http://eolienne cavey.org le site de Jean Luc Cavey fils d'un des ingénieurs de Romani). Comme pourles machines de Vadot, l'objectif consistait à expérimenter de nouveaux systèmes. L'ensemble a bien fonctionné et en 1962 fut installé une hélice plus rapide qui causa là encore des problèmes de roulement et une pale cassa. Les essais furent ainsi arrêtés. En 1965, il fut question de remettre la première hélice et de transporter cet engin dans les Corbières, sur un site plus venteux donc plus rentable, mais EDF décida en fin de compte de tout arrêter.
Lucien ROMANI, autodidacte, formé toutefois aux Mathématiques par sa fréquentation pendant la guerre d' Henri Villat à l'ENS de Paris, était le directeur de la Soufflerie Eiffel qu'il avait racheté et était devenu un éminent expert en Aérodynamique. Il fut conseiller de nombreuses entreprises comme la SNCF ou de constructeurs de voitures y compris allemands. (En ce qui concerne la soufflerie Eiffel voir le livre de son ancien Directeur Martin Peter et collaborateur de Romani). Romani poursuivit ses travaux sur les éoliennes et construisit un prototype de birotor qui fut testé avec succès à la soufflerie de l'ONERA à Meudon. Il envisageait un quadrirotor qui avait les préférences d'Argand. (voir article). Romani fit d'autres proposition au début des années 80 pour l'installation d'une machine à la Hague, mais sans succès. Lucien Romani est mort dans des conditions étranges, suicide par défenestration, qui laissent encore perplexes ses anciens collaborateurs.

En Allemagne les travaux d'HÜTTER.

Naturellement les travaux initiés par les Aérodynamiciens de Göttingen qui se poursuivirent pendant la guerre de 1940 ne s'arrêtèrent pas au terme de celle-ci. En 1949 fut fondée la Studiengesellschat Windkraft eV (société d'études de l'énergie éolienne). A la fin des hostilités Ülrich Hütter reprit ses recherches et conçu une petite machine de 10 m de diamètre et de 8 à 10 kw de puissance avec l'aide de la Allgaier Werkzeugbau Gmbh de Uhingen. Elle fut construite à 90 exemplaires. En 1958 il se lança dans le projet d'une grande machine bipale,la W-34, de 34 m de diamètre et de 100 kw de puissance. Elle fut construite à Stötten-Schnittlingen près de Stuttgart en Souabe. Stötten était un centre d'essais éoliens. Cette machine présentait un certain nombre d'innovations techniques qui ont influencé les développements des machines de la génération suivante. Cet aerogénérateur est remarquable par l'aérodynamisme des profils de pales construites en fibres de verres. Le Rotor est rattaché à l'arbre par une nacelle compatible avec les mouvements d'oscillation. Contrairement à la machine de Romani, Hütter a privillégié une machine légère surtout adaptée aux vents moyens. C'est une option qui sera reprise pour les machines allemandes ultérieures. La W-34 a été en service de 1958 à 1968 et a relativement peu fonctionné. Les faibles moyens financiers de l'opération n'ont permis que des campagnes de mesures limitées.

Au Danemark JUUL poursuit l'oeuvre de son maître Poul LACOUR.

Dans la continuité des travaux de Poul Lacour on poursuivit au Danemark la conception des aérogénérateurs. Johannes Juul ancien étudiant de Lacour, démarra après la guerre un programme de Recherche Développement pour l'utilisation de l'énergie éolienne et mis au point dans les annéees 1950 des machines à courant alternatif. La Compagnie d'électricité du sud-est du Seeland lui fit construire une machine de 13kw puis une de 45 kw à courant alternatifs raccordées au réseau. Il construisit entre 1957 et 1959 à Gedser une éolienne tripale de 200 kw. Cette machine fonctionna pendant 11 ans sans aucune maintenance. Du point de vue du rotor, malgré des progrès aérodynamique certains, en raison du haubanage de ses pales cette machine avait tendance à ressembler à celles conçues par Lacour c'est à dire à partir d'une technologie issue des moulins. Elle possédait des ailerons mobiles en bout de pales dont la rotation permettait le freinage de la machine. Elle était équipée d'une génératrice asynchrone. Cet aérogénérateur historique a été a inspiré les machines danoises ultérieures qui ont donné naissance au fameux modèle danois d'éoliennes tripales à génératrice asynchrone et à pales fixes. L'opération était soutenue pour le financement et la construction par l'Association Danoise pour les centrales de production d'énergie. Lorsque l'association considéra que la production d'électricité d'origine éolienne ne présentait pas assez d'intérêt, elle arrêta son aide et l'expérience prit fin.

Les propositions de PERCY Thomas.

Aux USA l'expérience de la Smith-Putnam du Vermont ne resta pas sans suite. En effet Percy H Thomas, ingénieur de la Federal Power Commission s'inspirant des données économiques fournies par cette machine en conclut que la production d'énergie éolienne devenait rentable à condition d'utiliser de très grandes machines. En 1947 il proposa deux modèles d'aérogénérateurs birotors de très grandes puissance: l'une bipales de 7.5 MW pour les très grandes vitesses de vent et l'autre tripale de 6,5 MW pour des vents moyennes. La Federal Power Commission demanda au de financer un prototype d'une de ces éoliennes. Malheureusement c'était l'époque de la guerre de Corée et le Congrès refusa. Cet évènement marqua la fin des travaux dans le domaine de l'énergie éolienne aux USA pour une période de 25 ans.

La R&D au Royaume Uni.

En Grande-Bretagne l'Electrical Research Association conjointement financée par le gouvernement et l'industrie électrique,s'est efforcé de promouvoir la recherche eolienne. E.W Golding fut particulièrement actif dans le domaine à cette époque. Ces travaux ont débouché sur la construction de deux machines raccordées au réseau sur l'île de Man : une de 25kw et l'autre de 100 kw. Un aérogénérateur de 100 kw à pales orientables a été testé au début des années 1950 sur les îles Orkney puis démonté. Une machine particulièrement originale car de type pneumatique avec générateur électrique installé à la base fut construite par la société Enfield pour la British Electricity Authority. Elle avait été conçue par l'ingénieur français Andreau et installée à St-Alban en Angleterre. C'était une bipale à pas variable de 30 m de haut avec un diamètre de 25 m pour une puissance de 100kw, Elle fut rachetée par Electricité et Gaz d' Algérie puis démontée et installée en Algérie à Grand Vent.

Et de multiples projets dans le monde.

Naturellement il y eut après la guerre de 1940 des projets en URSS dans à la suite de la construction du WIDMe-30 de 100kw installée en 1931 à Balakhava près de Yalta. La tradition de qualité des ingénieurs et scientifiques russes dans le domaine de l'aérodynamique était tout à fait propice à des développements dans le domaine de l'énergie éolienne. Cependant il y a peu de renseignement sur le sujet. E.W Golding de l' Electrical Research Association britannique mentionne également des activités dans le domaine de l'énergie du vent aux Pays-Bas, en Egypte, en Espagne, en Irlande, en Australie, en Birmanie et à la Trinité sous limpulsion des organismes gouvernementaux ou des entreprises d'électricité.

Le rôle moteur de l'UNESCO.

Dans le cadre de son programme de développement, en particulier pour les zones arides, l'UNESCO a été amenée à s'intéresser aux développement de l'énergie éolienne durant la période de l'après guerre. Elle a alors suscité de nombreuses initiatives de parle monde en particulier en Inde, en Israël ou en Uruguay et sollicité de nombreux rapports d'experts comme ceux de E.W Golding ou du français G.Lacroix de La Compagnie Electromécanique de Paris (société dans laquelle oeuvrait Paul Darrieus ). Ce qui est encore plus remarquable, c'est que l'UNESCO organisa le premier congrès éolien en Inde à New Dehli en octobre 1954 auquel participèrent Hütter et Juul qui eurent ainsi l'occasion de présenterleurstravaux. Leurs exposés présentent des idées qui sont à la base du développement du domaine de l'énergie éolienne moderne et constituent une source d'inspiration toujours féconde pour le monde de la recherche et de l'industrie.

Beaucoup de projets mais en définitive pas de réalisation industrielle.

Les prototypes qui ont été construits pendant les trentes années qui ont suivi la deuxième guère mondiale ont montré la capacité des éoliennes à constituer les briques de base de véritables centrales de production électrique. Ils ont permis de recueillir de nombreuses données techniques qui seront exploitées par la suite et ont attiré l'attention sur les points sur lesquels il convenait d'être vigilant pour assurer la fiabilité des aérogénérateurs (solidité des pales et des roulements....). Cette époque vit la naissance de deux modèles qui vont servir de référence pour les futurs concepteurs d'aérogénérateurs: l'éolienne de Juul à Gedser et la W 34 de Hütter à Stötten. Toutefois aucun grand programme industriel de construction de centrales éoliennes n'a vu le jour. La raison est très simple et réside dans très le faible coût des souces d'énergie thermiques à cette époque :charbon, gaz et surtout pétrole. La production d'énergie éolienne en a été profondément affectée mais ce fut aussi le cas pour la production d'énergie nucléaire. Pierre Ailleret expliqua, mais un peu plus tard, que "le prix de revient de l'énergie était trop élevé de 30 % par rapport au prix de l'époque des moyens classiques". Mais au début des années 70 la situation va radicalement changer......

Dernière correction et modification : le 16/12/2011.

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